Vanasse, André 1942-2026

Le décès récent d’André Vanasse a suscité beaucoup de commentaires dans la presse et sur les réseaux sociaux. Il y avait pourtant plusieurs années que nous l’avions perdu de vue, isolé qu’il était désormais par la maladie d’Alzheimer. Les uns et les autres ont rappelé le directeur de la revue Lettres québécoises et l’éditeur de la maison XYZ, qu’il avait fondée avec un ancien étudiant, Gaëtan Lévesque. Avec raison, on a célébré à la fois les cinquante ans de la revue et les coups d’éclat de l’éditeur, qui a fait connaître les œuvres de Louis Hamelin, Christian Mistral, Jocelyne Saucier, Lise Tremblay et plusieurs autres, et publié la traduction en français de l’Histoire de Pi (2001) de Yann Martel. Ce travail de fond, constant, avait valu à André Vanasse plusieurs prix et honneurs, dont celui d’être élu à l’Académie des lettres du Québec (2013) et de l’Ordre du Canada (2017).
Peu ont cependant rappelé la carrière universitaire d’André Vanasse, qui faisait partie de la cohorte des profs fondateurs l’UQAM. Il avait fait ses débuts au Collège Sainte-Marie après avoir déposé un mémoire de maîtrise sur le roman québécois à l’Université de Montréal, et poursuivi ses études doctorales à l’Université de Paris-Vincennes. Il enseignait la littérature québécoise et, comme plusieurs autres, se rêvait écrivain (il a publié une demi-douzaine de romans). Aussi, toute sa carrière a-t-il travaillé à rendre acceptable la création littéraire et, s’il est devenu éditeur, c’est aussi dans le but d’offrir un débouché à nos diplômés. Le prix du meilleur mémoire de maîtrise en création littéraire porte d’ailleurs son nom. Avec Jacques Pelletier, il avait créé les Cahiers du Département d’études littéraires durant les années 1980, puis il avait succédé à Jacques Allard à la direction de Voix et images, une revue de recherche consacrée exclusivement à la littérature québécoise, publiée sous l’égide du Département d’études littéraires de l’UQAM. C’est lui qui est venu me chercher pour devenir la première femme membre du comité de rédaction de cette revue quand j’étais encore professionnelle de recherche à l’Université Laval. Je n’ai jamais regretté de lui avoir répondu favorablement. André faisait confiance aux jeunes profs. Il nous laissait travailler à notre manière et nous soutenait au besoin. Son rire a résonné longtemps entre nos murs et il sonne encore dans ma mémoire. On lui doit beaucoup l’allure qu’a prise le Département d’études littéraires au fil des années.
Lucie Robert
Département d’études littéraires