Descarries, Francine 1942-2026

Francine Descarries, sociologue, professeure émérite, nous a quitté.es en mars dernier. Sa disparition laisse un vide immense. Un vide affectif, intellectuel, politique. Un vide difficile à nommer tant sa présence traversait nos milieux, nos trajectoires personnelles et collectives, nos engagements.

Plusieurs ont déjà rendu hommage à la femme remarquable qu’elle était, et ce, dans plusieurs grands médias québécois et plusieurs lieux de diffusion féministes. À la sociologue rigoureuse. À la bâtisseuse infatigable. À la pionnière des études féministes au Québec. Ces mots sont justes, mais ils restent en deçà de ce qu’elle a incarné concrètement pour plusieurs d’entre nous.
Pour moi, comme pour tellement d’autres, Francine était là. Présente. Concrète. Généreuse sans calcul. Elle pouvait nous cuisiner un plat réconfortant, faire advenir des rencontres conviviales, ouvrir des espaces où l’on se sentait accueilli·e. Elle écrivait une lettre pour une bourse, puis pour une embauche, puis pour un prix. Elle offrait un conseil, puis un autre. Elle accompagnait une prise de parole, une hésitation. Elle savait voir, très tôt, ce qui pouvait émerger chez les autres. Et elle agissait pour que cela prenne forme.

Son énergie était inimitable. Une énergie tournée vers les autres, vers le collectif, vers la construction de lieux durables pour les savoirs féministes. Elle n’a pas seulement contribué à ces lieux. Elle les a pensés, structurés, consolidés. Elle a fédéré. Elle a rendu possibles des alliances, des institutions, des trajectoires.

Francine portait une vision exigeante et engagée des études féministes. Une vision ancrée dans le monde social, tournée vers l’action. Elle croyait à la nécessité de construire et elle a incarné cette conviction jusqu’au dernier moment. 

Aujourd’hui, le sentiment de perte est profond. Il traverse les générations, les institutions, les réseaux. Mais son héritage est là. Vivant. Structurant. Il se trouve dans les institutions qu’elle a contribué à bâtir. Dans les communautés qu’elle a rassemblées. Dans les trajectoires qu’elle a soutenues. Dans les gestes que nous reproduisons, parfois sans même nous en rendre compte.

Nous prendrons soin de cet héritage. Avec attention. Avec responsabilité. En poursuivant le travail qu’elle a amorcé. En maintenant des lieux ouverts, exigeants, solidaires. En continuant à faire circuler les savoirs, à soutenir les personnes, les projets, à créer des espaces où il devient possible de penser et d’agir autrement.

Francine laisse un grand vide. Mais elle laisse aussi des fondations solides. À nous de les faire vivre.

Nancy Aumais
Département de management 
Co-directrice du RéQEF